La Bretagne au VIe siècle, terre de mythes et de légendes. Arthur règne sur Camelot, entouré de ses Chevaliers...
 
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 La Gueuse est une Belle

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Cyäne du Lac_old

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MessageSujet: La Gueuse est une Belle   Dim 6 Jan à 5:46

( Hsj: en attente de Loagan)

La journée était particulièrement clémente. L’eau de pluie de ces derniers jours avait transformé les routes sinueuses en bains boueux et liquides que les sabots des chevaux écrasaient dans de formidables gerbes d’eau brunes peu ragoûtantes. Le soleil, quant à lui, perçait les cimes touffues des arbres et venait s'échouer sur le sol dans de fantastiques bouquets de lumière réchauffant toute végétation à proximité. Milles et une fleurs sauvages acclamaient l’arrivée de ce beau temps et embaumaient de leurs effluves chaudes et parfumées les bois et les chemins.


Un simple passant ou un amoureux de la nature aurait admiré, voir même louanger les beautés de cette nature qui redevenait enfin joyeuse. Un voyageur plus romantique, quant à lui, aurait pu croire que la forêt célébrait avec éclat sa propre venue. Malheureusement, les seuls regards disposés à admirer cette forêt dans toute sa sublimité étaient pour l’instant concentrés sur une toile de lin qui essorait avec vigueur et rage une chevelure bouclée, trempée et crottée. Ah! il était bien beau ce jour! Non mais vraiment! Qu’elle chance qu’il fasse beau uniquement maintenant alors que l’on voit Camelot se dresser au loin! Deux jours! Seulement deux jours de voyage et on avait l’impression d’en avoir fait quarante!


Cyäne du Lac, petite fille du roi Pelles. fit arrêter son cheval et demanda à son escorte d’en faire de même. Elle était partie il y avait de cela deux jours, le roi Pelles l’ayant recommandée comme dame de compagnie pour la reine Guenièvre de Camelot. Plus ou moins enthousiaste au début à ce séjour prolongé, elle était aujourd’hui complètement abattue à l’idée de vivre dans un lieu qu’elle ne connaissait point et qui avait abrité son illustre père. Pour couronner le tout, elle devait se présenter à la reine dans un accoutrement de gueuse. Une semaine plus tôt, on avait fait apporter ses effets personnels à Camelot en prévision d’un voyage plus léger. Au moment du départ, Cyäne convainquit le roi Pelles de pouvoir se rendre simplement à cheval avec une garde de trois hommes, l’astrologue du château ayant prédit des jours de beaux temps sans nuage. Elle lui en fera boire de la pluie à cet astrologue de pacotille! Ils avaient passé la journée d’hier sous les averses, enveloppé de capes, ne trouvant pas de gîtes sur la route. Trempés et éreintés d’avoir voyagés par mauvais temps, le groupe avait retrouvé un semblant de bonne humeur en voyant enfin Camelot sous un soleil radieux en ce deuxième jour de déplacement jusqu’à ce qu’une embardée et un terrain glissant fassent tomber deux montures dont celui de Cyäne du Lac. Heureusement, il n’y eut aucun blessé mais la belle ne s’en soucia guère puisqu’elle s’était retrouvée grotesquement étalée dans une flaque de boue.

Tremblante d’exaspération et de découragement, elle était maintenant assise sur un rocher non loin de la route et tentait de diminuer les dégâts avec une serviette de lin sans se soucier des gardes qui l’observaient presque avec pitié. Ses chaussures et sa robe qui furent naguère bleu étaient désormais des loques brunes et dégoulinantes. Elle était de plus couronnée d’une chevelure poisseuse d’où pointaient des brindilles cassées, sans oublier sa peau striée de boue…Elle jeta un regard cerné vers la tache blanche au loin que formait Camelot et qui semblait la narguer.

La jeune femme ferma les yeux pour reprendre une certaine contenance et entendit soudainement un bruissement d’eau à proximité. Un ruisseau! Finalement, la journée ne s’achèverait pas en une catastrophe trop grande. Elle se leva péniblement et alla prendre une deuxième serviette de lin dans la sacoche de sa monture.


« Je n’en ai pas pour longtemps, il y a un ruisseau tout près d’ici. » lança t-elle en se retournant vers la forêt.

Gauvain, un soldat de haute stature à la barbe rousse et aux yeux scrutateurs, émit une forte objection; quelqu’un devait l’accompagner. La belle fronça les sourcils et le laissa délibérément contempler son accoutrement répugnant.

« Ne soyez pas sot, je ne me présenterai certainement pas ainsi et il ne vous est pas convenable de me suivre. Ne vous en faites pas Gauvain, il n’y a personne ici et je ne vais pas loin. Restez simplement à proximité. ». Sur ce, elle s’enfonça dans la forêt guidée par le clapotement de l’eau. Les chevaux et les hommes étaient hors de vue depuis un bon moment lorsqu’elle parvint enfin à un large ruisseau d’eau claire entouré de chênes, de rochers et de fougères que le soleil effleurait de ses chatoiements dorés. Elle bénit Dieu puis s’agenouilla près de l’eau.

« Une lépreuse dans un sanctuaire… », maugréa t-elle à voix haute en apercevant brièvement son reflet avant de tremper sa serviette de lin pour ensuite faire pleuvoir l’eau sur sa peau.
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Loagan_old
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Dim 6 Jan à 15:52

[Et me voici Wink]

Il avait enfin décidé de quitter sa paisible étape de fougères humides. Il n'était guère dérangé par ce temps plus que capricieux, déjà parce que ça annonçait la fin de l'hiver, ensuite parce qu'il était habitué à toutes les intempéries. Si la Calédonie voyait 365 jours de soleil, ça se serait su ! Bien entendu, celà faisait fort longtemps qu'il n'avait plus foulé le sol de sa terre natale mais sachant que le temps dans le royaume de Logres, bien que moins frisquet, était le petit frère de celui des Highlands...

Loagan avait repris ce cheval, auquel il n'avait pas encore donné de nom, s'attachant peu à cet animal qui n'était autre qu'une juste compensation après ce traquenard qu'il avait subi aux côtés de Sorsha. Il se demandait vaguement ce qu'elle devenait celle là. Enfin pas vraiment, disons plutôt que de rares fois, elle traversait sa pensée. Trop fugacement cependant pour que de cohérentes interrogations se forment réellement dans son esprit brumeux de Vagabond.

Pour l'instant, la ligne de réflexion était la suivante : Où aller, où dormir et que manger ? Il se débrouillait pour les deux derniers, n'étant guère de nature difficile...
'Où aller ?' demeurait encore sans réponse. Il n'était pas encore tout à fait décidé à regagner Camelot, la ville de tous les ennuis !

Il allait traverser au petit trot le ruisseau quand une forme humaine lui fit stopper sa monture. Il arrivait tout juste quand une jeune femme, inconnue et visiblement très malmenée par la pluie et la boue, considérait son état dans le reflet de l'eau et y allait de son petit commentaire.
Nous connaissons dorénavant assez Loagan pour savoir qu'il ne fallait pas le pousser deux fois pour ajouter son grain de sel cynique quand l'occasion lui était offerte. Il ne se priva donc pas :


- Je dirai plutôt une souillon près d'un cours d'eau... Mais ça n'engage que moi !

Ah, il avait fière allure pour se moquer, le chien mouillé. Enfin, l'Ecossais mouillé. Ses cheveux étaient rabattus sur ses joues, en bataille et sa chemise collait à ses bras et à son torse sous son armure de cuir... Qui heureusement avait déjà tout vécu pour supporter d'être inondée.

Il toisa cette étrangère, dont il ne savait pas encore qu'elle était noble et point gueuse. D'un côté, nous nous en doutons, il s'en ficherait quoiqu'il en soit. Il se demandait juste, ce qu'elle faisait là, en plein coeur de la forêt avant de réaliser qu'on était pas si loin de la route qui menait à Camelot.
Sans sourire mais sans une voix trop rocailleuse pourtant, il continua :


- Dans mes souvenirs, les nymphes des bois étaient plus propres...

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Cyäne du Lac_old

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Lun 7 Jan à 6:48

L’eau chassait peu à peu les immondices qui l’avait recouverte depuis hier. Le maigre luxe d’avoir de l’eau propre la plongeait dans une espèce de léthargie et elle s’en surprit, cette eau n’avait rien à avoir avec les vasques d’eau de roses qu’on lui portait chaque matin dans sa chambre mais elle procurait un bien-être indiscutable. Elle aurait bien dédaigné cette eau dans une autre situation mais certainement pas en ce moment! On apprécie toujours d’avantage ce que l’on perd.

La jeune femme poussa un soupir avant de s’asperger le visage . Cyäne songea avec une certaine ironie à quel point elle était habituée à se faire servir dans l’immédiat, à travailler d’avantage pour elle-même et à rester cloîtrer dans le château de son grand-père sans avoir un intérêt particulier pour le côté sauvage et imprévisible de la nature. D’une manière égoïste, elle ne s’en plaignait pas. Cela faisait d’elle une bien piètre chrétienne. Elle se frappa la poitrine dans un mea culpa repentant et songea tout de même que c’était très peu pour elle le fait d’aller gambader dans un terrain inconnu. Toutefois, peut-être était-ce le fait d’avoir l’apparence d’une pauvresse, d’être loin de chez elle et de son confort mais ce lieu lui fit envier les simples qui trouvaient leur royaume dans les endroits comme celui-ci. Comme avait dit un saint homme d’Hippone nommé Augustin aux sujets des riches : vous voyez bien ce qu'ils ont, vous ne voyez pas ce qui leur manque.

Complètement absorbée dans ses pensées, elle répéta à voix haute de manière machinale :
« Une lépreuse dans un sanctuaire… »

Une ombre floue sembla bouger dans les reflets du ruisseau mais elle n’y porta guère attention, ce pouvait être n’importe quoi, un oiseau, un nuage, des feuilles. Point d’inquiétudes à avoir ici, les chances pour qu’une autre âme se retrouve ici étaient de 1000 sur…


« Je dirai plutôt une souillon près d'un cours d'eau... Mais ça n'engage que moi ! »

On avait parlé. C’était une voix d’homme. Et c’était juste à côté. Panique! La surprise fut telle que ses bras trempés dans l’eau dérapèrent et fit basculer tout l’avant de son corps dans l’eau glacée. Elle ressortit vivement la tête, projetant des éclaboussures impressionnantes à la ronde. Aveuglée par la masse de ses cheveux collés à la figure, elle écarta des mèches et toisa d’un œil assassin l’étranger, d’avantage parce qu’il l’avait honteusement surpris que parce qu’il l’avait provoquée.

Le cavalier avait une mine affreuse, plus affreuse qu’elle-même
(elle s’en réjouit ^^), son hygiène douteuse, son visage peu avenant, son apparence général et le ton qu’il employa à son égard avaient tout du bandit de grand chemin. Tentant de garder une fausse contenance et un air noble tout à fait détaché qui rendaient le tableau dans lequel elle se trouvait encore plus ridicule, elle se releva, cacha en son poing une pierre ronde et entrouvrit les lèvres pour parler tout en reculant afin de mettre une distance sécurisante entre eux. Il l’a devança de parole.


« Dans mes souvenirs, les nymphes des bois étaient plus propres... »


« Point n’est ici une telle créature païenne mais plutôt un bisclaveret rustaud! » lança t-elle, piquée au vif. Elle regretta aussitôt son venin, à t-on idée de parler de la sorte à un homme ayant l’apparence d’un assassin alors que l'on est sans protection dans la forêt? Elle recula encore, lentement.

« Je…Puis-je vous être utile messire? ». Elle avait articulé les mâchoires serrées afin d’éviter un quelconque tressaillement dans la voix.
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Loagan_old
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Lun 7 Jan à 20:56

Mais pourquoi produisait-il toujours cet effet sur la gente féminine... Enfin, pas sur toute le gente. Il se souvint de cette revêche femme aux cheveux sombres, qui l'avait houspillé, désarçonné et qui avait fait sa petite place forte dans sa mémoire. Il était certain qu'un jour, il croiserait de nouveau son chemin.
Pour l'instant, il était en face de cette jeune demoiselle apeurée. Bah quoi ? Ces réactions tendues avaient-elle à voir avec ses cheveux hirsutes, sa barbe de dix jours ou sa dégaine d'ours des bois ?

Loagan n'essaya pas de rendre son visage plus avenant. Tout simplement parce que celà lui était quasiment impossible alors qu'il n'était ni lavé, ni coiffé, ni rasé. Et encore, même propre, il aurait eu de la peine à se rappeler les douces moeurs qu'on devait avoir et qu'il n'avait jamais vraiment eues. On ne chante pas l'amour courtois au mélodieux (hum) son de la cornemuse dans les montagnes écossaises...
Cependant, il jugea bon de descendre de cheval, en toute souplesse et sans impregner à son mouvement quoique ce soit de brusque. Ainsi, il était à sa hauteur et il pouvait moins représenter une menace. Bien entendu, elle remarquerait peut-être bientôt l'épée qu'il portait dans son dos... Il ne fallait quand même pas lui demander de sa déshabiller non plus !

Il ne fit pas un pas de plus, voyant qu'elle avait mis de la distance entre eux. Il s'adossa donc à sa monture (à défaut d'arbre) et ne fit qu'hausser un sourcil face aux paroles assassines qu'on lui jettait. Ne jamais jouer sur la corde de la sensibilité féminine.
Enfin, vu comment elle s'exprimait, elle ne venait pas de n'importe où et était sûrement loin de la souillon.

Il resta là, à la regarder reculer une nouvelle fois et maugréa, l'air bourru :


- Oh, ménagez vos jambes d'moiselle, je ne vais pas vous sauter dessus, j'ai eu mon lot d'ennuis pour toute la semaine.

C'était vrai après tout, il ne souhaitait pas se frotter de près à une autre bavarde qui le pousserait encore à aller quérir un livre. Pourquoi pas le Graal pendant qu'on y était ?

Citation :
« Je…Puis-je vous être utile messire? »

Elle était toujours très méfiante. L'habit ne fait pas le moine mais l'air trahit les manières alors... Il répliqua, plutôt amusé par la situation :

- C'est plutôt vous qui semblez avoir besoin d'aide. Vos mouvements semblent légèrement désordonnés...

Il faisait autant référence à ses petits pas en arrière qu'à sa chute dans l'eau tout à l'heure. Il comprenait qu'elle ait peur et il ne faisait pas beaucoup d'effort pour la rassurer. Il était difficile de trouver un galand au plein coeur de la forêt alors ne soyons pas trop pointilleux.
Il continua :


- Que fait-donc une Demoiselle dans les bois ? C'est une nouvelle lubie de femme que de venir faire ses ablutions dans les cours d'eau en plein milieu de la journée ?

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Cyäne du Lac_old

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mar 8 Jan à 22:47

L’assassin ne répondit pas à son insulte précipitée. Cyäne s’était attendue avec beaucoup de conviction à ce qu’il l’agresse, la détrousse et plus encore pour finalement l’égorger ou la piétiner à mort avec son cheval. Elle avait même préparé une supplication toute prête lui demandant la grâce de faire une dernière prière. Au lieu de cela, l’homme descendit lentement de son cheval et la toisa, adossé nonchalamment à sa monture. Rien dans ses mouvements ne présagea une quelconque attaque. Au contraire, un je-ne-sais-quoi dans son attitude changea ‘le maniaque’ en ‘peut-être-pas-si-maniaque-que-cela’. Nous n’irions pas jusqu’à prétendre que la jeune femme fut rassurée mais dans tous les cas, elle se détendit quelque peu et desserra l’étau qu’elle exerçait sur la pierre ronde au creux de sa main. Cette arme primitive, et disons le, plus qu’inutile mais ridiculement rassurante devant cet homme que la vie semblait avoir élevé dans la broussaille, ne pouvait certainement pas la sortir de ce pétrin. Sans doute pouvait-elle, avec un peu de cran, la lui lancer au visage et lui percer un œil avec de la chance, ainsi elle pourrait prendre ses jambes à son cou.

*Continue de former des idées aussi stupides…même désespérée tu peux trouver mieux* pensa t-elle en apercevant le pommeau d’une épée dans le dos de l’homme. Elle ne se voyait nullement engager un combat déjà perdu contre lui. Visiblement, il serait capable de l’occire avant qu’elle n’ait put crier à l’aide. Cela lui fit songer à cette fois, où très jeune, un garçon de fermier sans manière l’avait provoqué en duel parce qu’elle avait nargué haut et fort les enfants sans éducation et clamé être la fille du preux Lancelot . Évidemment, il remporta, quant à elle, elle gagna une estafilade peu gracieuse sur le front sans oublier la honte profonde qu’elle dût traîner devant son grand-père. Quant au pourceau qui se cria vainqueur et la traita de bâtarde, il fut fouetté. Bien fait pour lui. Cette époque était loin maintenant. Cette époque où elle adorait un père qui n’avait jamais daigné la voir.

Mais que faisait donc sa garde? Ne trouvait-elle point étrange qu’elle prenne tant de temps à revenir? À cet instant, elle espéra de toutes ses forces que Gauvain surgisse de derrière les masses des chênes noueux et la délivre …



Citation :
Oh, ménagez vos jambes d'moiselle, je ne vais pas vous sauter dessus, j'ai eu mon lot d'ennuis pour toute la semaine.

Cyäne s’arrêta, de toute façon, il pourrait parvenir à elle en deux ou trois enjambées. Elle ne répondit pas et se contenta de le fixer de la manière la plus hautaine possible. Disait-il la vérité? Il ne lui restait qu’à le croire…À voir son accoutrement et ses manières, il n’était pas surprenant qu’il attire les ennuis. Et voilà maintenant qu’il accusait ses mouvements d’être désordonnés! Elle! Femme de la haute noblesse dont on louangeait la grâce toute féminine…Il se moquait ouvertement d’elle! L’ours mal léché! Peut-être essayait-il de faire de l’humour? Quoi qu’il en soit, elle n’en avait pas ou très peu. Cyäne décida de jouer la carte de la femme muette.


Citation :
Que fait-donc une Demoiselle dans les bois ? C'est une nouvelle lubie de femme que de venir faire ses ablutions dans les cours d'eau en plein milieu de la journée?



Lubie? Une lubie de femme? Décidément il poussait trop loin! Sans doute essayait-il de l’aider mais la jeune femme, ivre de honte, de colère et de peur prit ces paroles de vieux garçon pour une moquerie éhonté de sa détresse visible. Aussi, sa résolution d’un mutisme perpétuel en compagnie de cet individu se brisa.

« Bien sur! Imaginez-vous donc, messire, qu’il est une cure de beauté de se vautrer dans la boue comme un cochon pour ensuite patauger dans une source d’eau naturelle perdue au milieu de la forêt! » explosa t-elle d’une voix acerbe. Son éreintement la menait au bord de la crise de nerfs. Elle prit instinctivement la croix qu’elle portait au cou et récita mentalement un Pater noster qui la calma, puis d’une voix soudainement posée et lasse, elle dit :«Ah! et puis... Je me dirige vers Camelot, mon voyage n’a été qu’imprévus et déboires jusqu’ici… » . Elle le regarda, s’obligea à ne point songer au fait que probablement mieux accoutré et lavé il serait bel homme.

Abhorrant un air dédaigneux qu’elle ne put réprimer, elle demanda :
« Vous êtes habitant de Camelot? ».
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Loagan_old
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 9 Jan à 15:58

Ah, une femme à tempérament ! C'était décidément une noble celle-ci... Seules ces femmes là, qui avaient l'habitude qu'on leur obéisse en tout trouvaient assez de courage pour tenir tête à des individus pas vraiment recommandables.

L'individu en question était toujours adossé à son cheval et la regarda lui renvoyer son humour vaseux à la figure avec une certaine jubilation, il devait l'avouer. Il eut un petit sourire mi-figue mi-raisin et se contenta d'attendre qu'elle eût fini de le rabrouer, en haussant vaguement les épaules.

Elle se calma et consentit enfin à lui raconter son voyage, ou tout du moins à justifier à peu près le fait qu'elle se retrouve ici, dans cette forêt. Là encore, Loagan n'avait pas vraiment l'envie de la consoler, chacun ses problèmes. Il murmura donc, moqueur :


- En effet, c'est atroce...

Ces femmes-là, comme il les appelait, n'avait aussi que peu d'occasions de vivre de véritables déboires. C'était alors très drôle de les entendre se plaindre parce que leur robe était un peu boueuse à cause de la pluie diluvienne... Bref, sachant qu'elle avait un fichu caractère, il crut bon pour une fois de se taire et n'en rajouta pas. Il répondit cependant à sa question, après tout, un minimum de politesse ne fait pas de mal. Il se redressa avant de faire la moue et de railler :

- Non ça, pour rien au monde je n'habiterai le royaume si - il accentua le ton - mer-veill-eux du Roi Arthur. Merci bien... Enfin, vous y serez sûrement - il la regarda de bas en haut - parfaitement à votre place.

Cependant, il venait d'arrêter sa destination, il allait retourner sur Camelot tiens. Il n'y habitait certes pas, mais il réalisait qu'il s'ennuyait sec dans la forêt, le vagabond. Il s'était déroulé assez de temps depuis son séjour en geôles pour qu'il en oubliât le goût fort amer.
Il reprit, sans s'apercevoir qu'il entretenait la conversation, ce qui était assez rare :


- Et qu'est ce que vous venez trouver à Camelot ?

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Cyäne du Lac_old

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Jeu 10 Jan à 5:52

L’individu ne sembla point compatir en toute sincérité et continua ses moqueries par un ‘En effet, c’est atroce…’ d’un ton qui semblait dire ‘ Ça ne peut pas vous faire de tord ma belle.’. Il se fichait éperdument de sa tête le vaurien! Cyäne n’en avait cure, du moins, elle tenta de s’en convaincre. Il était là, calme et adossé à sa monture et semblait se délecter du spectacle. Dans le but de cacher sa gêne, elle fit mine d’enlever lentement les brindilles qui perforaient ça et là le tissu de sa tenue.

Elle espérait qu’il ne vienne pas de Camelot puisqu’il restait le seul échantillon humain qu’elle ait croisé de ce royaume et cet échantillon n’enchanterait personne. Camelot! On lui avait raconté mille et une chose toutes aussi merveilleuses les une que les autres. Les exploits et le couronnement d’Arthur, l’utopie que constituait toute la notion de la Table Ronde et de ses chevaliers sans peurs et sans reproches, les tours hautes et blanches portant les glorieux étendards, le royaume de Camelot éclipsant de son seul nom toutes les royautés autour. Évidemment, le tout avait été romancé grassement pour qu’elle accepte de venir en ce lieu. On est bien que chez soit, avait t-elle dit inlassablement au roi Pelles. Son manque d’intérêt à devenir dame de compagnie de la reine Guenièvre avait fortement agacé son grand-père. Ce n’est que lorsqu’il lui avait rappelé que Camelot était le lieu où les quêtes du Saint Graal se multipliaient qu’elle commença à hésiter. La Sainte Coupe l’avait fasciné depuis son enfance.

Visiblement, l’homme n’était absolument pas de cet avis.

Citation :
Non ça, pour rien au monde je n'habiterai le royaume si - il accentua le ton - mer-veill-eux du Roi Arthur. Merci bien... Enfin, vous y serez sûrement - il la regarda de bas en haut - parfaitement à votre place.

Cela ne l’avait pas surprise outre mesure. On semblait attendre de cet homme que de la raillerie et de la hargne. À l’entendre déblatérer de la sorte, on aurait put croire que Camelot était un lieu infâme ou même un chien n’y laisserait pas ses puces. Elle ignora volontairement son dernier commentaire ainsi que son regard choquant et déplacé.

Citation :
Et qu'est ce que vous venez trouver à Camelot ?

La jeune femme fit un drôle de petit sourire, à la fois hautain, avec cette petite pointe de
‘je-le-savais’ si agaçant pour ses interlocuteurs habituels. Elle se garda bien de dire qu’un homme d’aussi peu de manières et aussi rustre que lui ne pouvait que jurer dans Camelot.


« Vous n’habiteriez pas ce royaume? Vraiment? On s’étonne… ». Elle toussota faussement et continua : « Camelot semble un endroit fort intéressant il me semble. Puisqu’il vous plaît de le savoir, j’ai la tâche, pour quelque temps, de tenir compagnie à la reine Guenièvre. »

Elle fit quelques pas vers un arbre noueux à sa gauche, enleva son soulier droit et fit tomber une masse de minuscules cailloux qui l’avaient fait clopiner jusqu’alors. Pourquoi montrer de nobles manières devant un homme qui ne s’efforçait aucunement d’être courtois avec elle? Autant agir naturellement et sans chichi. Elle poursuivit la conversation en haussant un sourcil, l’homme l’intriguait :

« Dites-moi, pourquoi vous tenir aux abords de Camelot si vous la détestez tant? N’avez vous point de foyer? »
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Loagan_old
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Lun 14 Jan à 20:22

Le choc des cultures ! Elle aurait été visiblement prête à lui faire des centaines de louanges sur Camelot comme tous ces nobliaux qui n'y avaient jamais mis les pieds mais qui tenaient de fabuleux contes de leur grande-tante ou de leur cousin Jules.
Lui, tout ce qu'il retenait d'Arthur et de sa politique, c'était sa foutue idée de fédération. Son clan ne l'avait jamais été et lui, dorénavant, n'avait plus de clan alors imaginez ce que ça pouvait donner !

Bref, passons, elle prit le parti de devenir ironique à son tour et de le renvoyer dans ses propres contradictions.
Il était vrai que ce royaume était intéressant, mais elle voyait cette perspective avec ses yeux de biche, non de faon, prête à embrasser cette destinée qui lui tendait les bras.
Le Vagabond n'avait plus d'avenir, il le savait, ni ici, ni ailleurs. Nulle part. Oh, il se serait bien gardé de l'avouer, bien entendu, mais souvent, il regrettait ses jeunes années d'insouciances, là-bas, dans ses montagnes natales, ou tout apparaissait plus simple.
Dorénavant, il devait se forcer pour demeurer dans cette image de la simplicité : je-fais-ce-que-je-veux-de-toute-façon. C'était difficile de maintenir cette illusion de complète liberté.


- Camelot n'a rien à m'apporter... Mais si vous allez servir la Reine, on la dit fort belle.

Voilà. Point. Il avait maugréé celà dans sa barbe, ne sachant toujours pas que la jeune femme qui l'avait marqué était Guenièvre elle-même. Il ne le saurait certainement jamais.
Tout ce qu'il voyait en la Reine, c'était une dette, une dette impossible à rembourser. Elle était à l'origine de sa libération et il s'était de nombreuses fois demandé quelle mouche l'avait piquée de s'occuper de son cas. Il s'en serait sorti de son trou, avec l'autre vieux qui chantait. Ca aurait été un sacré plan d'évasion en plus... Mais non, la suivante de la Reine était allé voir Arthur et hop, on l'avait désentravé.
Vous allez finir par croire que Loagan est pour ce qui est contre et contre ce qui est pour. En réalité, il supporte juste mal le fait qu'on interfère dans sa vie...

Il considéra cette demoiselle qui n'avait plus l'air effrayé, ni sur ses gardes à en juger sa chaussure dans sa main (à moins qu'elle ne compte l'assommer avec !) et il eut l'air presque aimable. Il n'appréciait pas trop déclencher la méfiance et cette tension qui s'effaçait le décontractait à son tour.
Cependant, il ne sut d'abord pas quoi répondre à sa question. Personne ne lui avait demandé s'il avait une attache depuis qu'il s'était enfui du clan Fraser. Personne. Il fut troublé le temps de claquer des doigts et il recouvra son masque impassible :


- Chez moi, c'est partout. Et j'ai encore des affaires à régler dans le coin.

En fait, il mentait, il venait quelques instants plus tôt de décider qu'il retournerait là-bas.
Il ajouta, sans presque s'en rendre compte :


- Et puis, la campagne alentours est agréable...

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Cyäne du Lac_old

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 16 Jan à 22:57

S’il avait voulut l’attaquer, l’homme l’aurait fait depuis belle lurette. Il ne devait être qu’un vagabond…un vagabond armé et sans doute entraîné au combat étant donné son allure certes, mais pas un meurtrier. Il détonnait avec ces gens nobles et bien placés qui foisonnaient autour et dans le château du roi Pelles. Ces hommes irréprochables de manières et d’aspect qui trouvaient leurs intérêts dans la guerre, la chasse, parfois la musique, la littérature, les jeux d’esprits et dans les femmes. Et les femmes! Ces duchesses et nobles héritières se pavanant avec leurs cheveux haut nattés et leurs vives parures se plaisaient dans les jeux de l’amour courtois, les intrigues amoureuses, la broderie, la musique et l’enfantement. L’oisiveté rendait écervelé lorsqu’on n’y prêtait guère attention. Oh! bien sûr, certains préféraient de loin l’apprentissage des nobles arts, la lecture des Saints Écrits et l’exploration des Mystères du christianisme, religion à laquelle la jeune femme adhérait corps et âme, désirant chasser les croyances païennes et diaboliques des individus encore attachés à cette bestiale et ancienne fausse religion. Oui, ce vagabond détonnait. Et cela lui plaisait. Pourquoi? Elle l’ignorait, peut-être était-ce la nouveauté ou le fait de ne pas avoir à se comporter avec des manières trop exagérées de noble femme toujours posée et respectueusement intéressée comme il se devait lorsqu’un homme parlait. Ce qu’il y avait de plus étonnant en ce vagabond était sans doute le fait qu’il semblait se plaire parfaitement en ce style de vie, rien d’étonnant à ce qu’il n’aime pas Camelot. Il ne devait d’ailleurs se satisfaire nul part s’il se complaisait dans l’errance. Décidément, elle ne le comprenait mais qu’importe, elle n’aurait sans doute plus l’occasion de rencontrer un individu dans son genre puisqu’elle quittait un palais pour en retrouver un autre. Elle soupira. Au moins c’était camelot…même si son détesté père avait foulé son sol.

Le vagabond parla de la reine non sans une pointe d’agacement qui l’étonna. On disait la reine vertueuse en tout et d’une beauté d’ange. Ses cheveux de soie, disait-on, rivalisaient de blondeur avec le soleil, et ses yeux, d’un bleu céleste ourlé de cils d’or, attiraient les regards vers la finesse incomparable de sa peau blanche teintée de rose. Cyäne remit sa chaussure dégoûtante avec dépit en pensant à sa présente apparence.


Citation :
Chez moi, c'est partout. Et j'ai encore des affaires à régler dans le coin. Et puis, la campagne alentours est agréable...

Des affaires à régler? Elle le toisa d’un œil suspicieux. Quels genres d’affaires pouvaient amener un homme de mauvaise vie à Camelot? Elle secoua la tête avec un sourire ayant décidé de ne pas trop le juger. Et puis elle brûlait de lui poser cette question qui lui revenait sans cesse.

" Dites-moi…puisque vous connaissez un tant soit peu Camelot…’’. Non, elle ne voulait pas le savoir! Elle ne voulait être au courant de rien. Il ne s’était jamais intéressé à elle, pourquoi le ferait-elle de lui? Quoi qu'il en soit, les chances pour que le Vagabond l’ai rencontré étaient infimes, voir impossible. Ah! Et puis…

"Auriez-vous entendu parler d’un certain Lancelot du Lac?"


Elle avait parlé d’un ton faussement détaché mais en son fort intérieur, colère et amertume se mêlaient et lui prenaient lentement à la gorge. Heureusement que son père n’était plus en ce royaume! Cet ignoble individu qui trahit sa mère et préféra son frère à elle…
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Ven 18 Jan à 14:50

Il atteignit son niveau de détente maximum lorsqu'elle-même oublia tout à fait ses craintes. Bien qu'ils soient en pleine forêt, ce genre d'atmosphère plutôt lourde se ressentait aussi bien que dans la plus petite des pièces.
Il s'adossa donc à nouveau à sa fière monture qui ne cillait pas d'un poil et qui se contentait de brouter le peu de verdure qui passait à hauteur de ses grands chicots...

C'était étrange. Il l'aimait bien cette donzelle qui le toisait parfois avec ironie. Elle semblait piquée de curiosité et bien qu'il n'aimât pas particulièrement attirer l'attention, il fallait dire qu'attirer l'attention de si beaux yeux avait quelque chose de gratifiant. Même si c'était en qualité de vagabond des bois particulièrement mal aimable. On fait avec ce qu'on a !

Une lueur d'intérêt passa dans le regard de l'Ecossais quand elle interrompit sa phrase. S'il avait eu les oreilles du canasson, elles se seraient orientées, toutes droites, en direction de la jeune femme. Il se contenta d'émettre un son guttural et attendit patiemment qu'elle se décide à jeter cette question qui la taraudait.
Le nom de Lancelot du Lac le prit au dépourvu. Il ne sut s'il fallait en rire franchement. Il fallait dire qu'il n'attendait point là Orgueilleux Ier. Le sort avait décidé que ce chevalier viendrait troubler ses tranquilles retraites, même hors de la cité.

Il se maîtrisa tout de même et laissa s'écouler de longues secondes avant de lâcher un :


- Peut-être...

Une pointe de dédain venait habiter sa voix. Il cherchait encore à déterminer si ce qu'il allait lui dire ne viendrait nourrir qu'une curiosité de femme ou une véritable recherche d'information. Le fait qu'elle se soit légèrement figée l'aida un peu et il décida de la faire patienter encore quelques secondes supplémentaires en souriant de manière sibylline.
Il regarda ailleurs et dit, avec son attitude de mauvais joueur :


- Si vous voulez parler de ce fat de chevalier d'Arthur qui ne trouve pas de porte assez large pour faire passer ses épaules, la réponse est oui.

Là. Il ne l'aimait pas, c'était dit. Peut-être passerait-il pour un jaloux mais il n'en avait cure, il se souvenait très bien de l'avoir croisé et de l'impression détestable qu'il lui avait faite, en le prenant pour un sot de valet. Qui a dit orgueil surdimensionné des deux côtés ? N'importe quoi !

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mar 22 Jan à 7:09

Jamais elle n’aurait dû lui poser cette question. Elle le regretta aussitôt la dernière parole prononcée. Après ces années où elle s’efforça de ne plus penser à lui, du moins l’essaya t-elle vainement, voilà qu’elle le ramenait encore au tapis! Misérable curieuse! Le Vagabond, car c’est ainsi qu’elle l’appelait en son fort intérieur (un petit nom affectif!), sembla tout d’abord intéressé pour finalement revêtir un visage presque stupéfait qui se changea vite en dédain nullement dissimulé. Ah! il le connaissait! Ou plutôt l’avait connu. Mais pourquoi donc affichait-il cette mine méprisante ? Les hauts faits et la popularité du chevalier en question étaient connus pratiquement de tous en Bretagne. Cyäne gardait la certitude que Lancelot n’était qu’un homme hypocrite faisant milles et une manières pour s’attirer les amabilités de tous et chacun. On devait l’adorer, à n’en pas douter.

Complètement cloitrée dans le château de son grand-père, la jeune femme estimait être l’unique personne à brûler d’amertume et de haine pour cet homme que tant louangeaient, Elle croyait avec fermeté que Lancelot du Lac était volage, infidèle, fourbe, dont le cœur noircit continuait à courtiser ça et là comme un animal en rut, ne se souciant aucunement des âmes blessées et des bâtards qu’il laissait derrière lui.

Sa mère était morte de chagrin par sa faute. Morte en couche, qu’elle idiotie! C’est son cœur qui flancha lorsqu’elle sut que Lancelot ne reviendrait pas vers elle, qu’on ne vienne pas lui raconter des histoires. Quel noble chevalier! Cyäne ne pariait pas cher sur son Salut. Elle avait tenté de prier pour son âme mais son cœur de chrétienne demeurait révolté devant si peu de charité et de responsabilité.

Le Vagabond jouait avec ses nerfs. Son ‘Peut-être’ était si lent, si agaçant. La jeune femme se mis à jouer nerveusement avec la pierre qu’elle gardait toujours au creux de sa main et la fit balancer d’une paume à l’autre. Elle dut faire un effort considérable pour ne pas se mettre à taper du pied également, et pourquoi pas, lui taper dessus par la même occasion. Pourquoi prenait t-il autant de temps à répondre à cette simple question? Et, Miséricorde, pourquoi ce sombre rictus? Le Vagabond avait dit précédemment être venu pour ‘affaires’, y aurait-il là un rapport avec Lancelot du Lac? Probablement pas. Elle n’était pas la seule à nourrir une inimitié avec le chevalier, voilà. Regardant l’homme devant elle, des pieds à la tignasse mal coiffée, elle émit l’hypothèse farfelue que puisque Lancelot collectionnait les femmes, peut-être avait-il approché de trop près la dame de cœur de celui-ci…Idée farfelue comme je vous le disais. Vivement que ce vagabond réponde avant que la jeune noble ne pousse trop loin ses imaginations de femme!


Citation :
Si vous voulez parler de ce fat de chevalier d'Arthur qui ne trouve pas de porte assez large pour faire passer ses épaules, la réponse est oui.

A cet instant précis, la jeune femme le trouva fort charmant. Non en raison de son apparence de loup mouillé mais parce qu’elle avait la certitude que, pareillement, il ne portait guère Lancelot dans son cœur, et même très loin de son cœur. Elle n’était donc pas la seule!

Ne voulant point paraître tout de même trop intéressée, elle baissa le regard et fit mine de défroisser sa tenue. Idée plutôt louche si on considère le fait qu’il n’y ait pas un pourcentage de sa robe qui ne fut tachée ou froissée. La manœuvre s’avéra de toute évidence plutôt mal trouvée puisqu’elle passa et repassa frénétiquement les mains au même endroit avec des yeux dans le vague, signe d’un cerveau en ébullition. Elle ne put réprimer un :


''Rien d’étonnant…’’, le reste se perdant dans un murmure proche du mâchonnement.

Cyäne du Lac, avança de quelques pas vers le Vagabond, oubliant momentanément son aversion pour son hygiène négligée et son apparence de malfrat. Elle désirait en fait se présenter, un minimum de bienséance étant requis même devant un vagabond. Rendue à mis chemin cependant, elle s’arrêta net et le dévisagea étrangement.


''Vous désiriez dire que vous le connaissiez, lâcha t-elle en insistant sur la terminaison du dernier mot, Vous vouliez parler au passé, n’est-ce pas, un lointain passé?’’

Ses yeux étaient suppliants.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 23 Jan à 22:32

Il avait été dans l'erreur. Cette question n'appelait pas de classiques louanges du chevalier en question... Son intérêt était motivé par autre chose que le goût des guerroyantes aventures de Lancelot du Lac. Et mû par une forte curiosité teintée de satisfaction intérieure, il savoura encore plus la phrase qu'elle laissa tomber, vague écho à ses marmonnements à lui.

Le rapprochement physique, bien qu'ils soient encore à quelques pas de distance l'un de l'autre, lui sembla de bon ton et il fit un petit signe de tête appréciatif, qui ressemblait fort à une marque de courtoisie. Enfin chez Loagan...

Alors que la situation se débloquait et que les masques froids tombaient, une main invisible sembla cependant retenir Cyäne et lui fit dire une phrase qui ne fut pas sur le ton de la précédente. Nous n'étions plus dans la moquerie et l'heure semblait grâve.
Le Vagabond hésita à faire de nouveau son petit manège et à répondre de manière allusive. Mais le coeur n'y était plus, il détestait la répétition et celà semblait vraiment trop facile de jouer avec ces yeux suppliants qui demeuraient beaux malgré tout.

Il répondit donc de son ton nonchalant, sans faire durer au delà des limites du raisonnable le suspens :


- Heu je sais que pour les jeunes filles, le temps n'a pas la même valeur et qu'un évènement qui date de quelques semaines peut sembler archaïque... Disons que je l'ai croisé il n'y a pas si longtemps que ça.

Sa curiosité n'y tenait plus. Pourquoi ces interrogations ? Pourquoi était-il si important que l'épisode Lancelot remonte à si loin ? Avait-il été son amant et ne souhaitait-elle plus le croiser ? C'était un bien mauvais amant alors... D'ailleurs, il n'en avait jamais douté !
Il fronça des sourcils en plissant ses yeux de félin et osa sa remarque sur un ton moins brusque qu'à l'habitude, plongeant son regard dans le sien :


- Vous semblez bien éperdue tout à coup...


N'allons pas jusqu'à dire qu'il faisait une fixation sur ce chevalier illustre. Disons seulement qu'il l'avait dans le nez et que sa simple évocation lui donnait l'irrésistible envie de faire "tssssss" et de lever les yeux au ciel.
Et se familiarisant avec cette jeune demoiselle, il souhaitait démêler ce qui le liait à elle. Il la trouvait agréable. Dans le domaine relationnel. Du côté visuel, bien entendu, elle était attirante surtout avec sa robe déchirée et sale et ses cheveux en bataille.

Jamien avait des souvenirs de femmes de Calédonie, gambadant dans la campagne... Des filles simples. Il avait surtout le souvenir d'Elle. Sa sublime amante. La simple évocation de son image lui fit contracter la mâchoire, comme si une lame lui perçait le coeur. Il aurait aimé croire qu'il s'était endurci après tant d'années mais Loagandred continuait à vivre en lui, il n'y pouvait rien...

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Ven 25 Jan à 22:33

Les secondes semblèrent interminables puis la réponse tomba. Le temps avait cessé, du moins en ce qui la concernait. Elle sentait la boue froide qui s’insinuait désagréablement dans ses chaussures trempées et un violent frisson lui parcouru le corps, moins en raison de sa tenue mouillée que de cette révélation accablante.


La réponse que lui fournit le Vagabond ne fut pas celle attendue mais la signification était des plus claires. Souhaitant ardemment une réponse à la mesure de ses espérances, elle cru tout d’abord avoir mal entendu et du analyser les paroles qu’il prononça pour être certaine de bien saisir et ne point se tromper. Pourquoi ne pouvait-il donc répondre directement et simplement à une question? En temps normal, ce genre de réponse l’aurait fortement agacée. Il semblait la comparer à une jeune fille frivole et écervelée qui n’associe aucune valeur au temps et qui ignore délibérément la différence entre hier, la semaine passée et il y a un an. Mais elle n’avait pas le temps d’être irritée. Si après analyse son ''quelques semaines peut sembler archaïque'' alors le ''pas si longtemps que ça’'' signifiait récemment, très récemment.


Citation :
Vous semblez bien éperdue tout à coup...


Cyane se sentit mal, très mal. Elle chercha d’une main désespérée un appui quelconque mais ne s’agrippa qu’au vide.
Comment Lancelot du Lac pouvait-il se trouver ici? On lui avait affirmé avec certitude qu'il était partit depuis bien des années.

Évidemment qu’elle était éperdue. Elle avait tenté de chasser son détesté père de ses pensées pendant des années entières mais la haine, la rancune, l’amertume, la jalousie qui la consumaient avaient lentement eu raison d’elle. Pour lui faire oublier ses tourments visibles, le roi Pelles l’avait envoyé ici, à Camelot. Son grand-père ignorait ses obsessions malsaines puisqu’en grandissant, sa petite-fille lui devint plus fermée et se complut davantage dans une solitude qui nourrit ses sombres états d’âme.

Elle n’avait pas quitté un lieu sécurisant pour se retrouver avec la source de son mal! Comment réagirait t-elle en voyant son père? Lui pardonnerait-elle? Le frapperait-elle? Pourrait-elle retenir ses envies de violences libératrices? Retenir son fiel depuis trop longtemps contenu? Elle se vit soudainement lui lacérer le visage, l’enlaidissant et le défigurant irrémédiablement. Ainsi serait-il moins volage et n’aurait-il qu’à purifier son âme par la suite de ses multiples péchés. Inévitablement par contre, elle, elle perdrait la sienne en agissant de la sorte. Ô Seigneur! Doux Dieu de miséricorde, ayez pitié!

Cyäne aimait bien ce Vagabond malgré tout, il était différent. Il ne semblait point porter ces masques hypocrites et ennuyeux que revêtent si naturellement les nobles. Sa présence, néanmoins, ne suffit guère à apaiser son affliction. Elle le vit contracter la mâchoire et associa ce mouvement à une impatience vis-à-vis sa personne. Sans doute n’avait-il que faire de ses problèmes familiaux. Et pour l’une des rares fois, la jeune femme ne sut pas comment réagir, ni se qu’il convenait de dire, de plus, les yeux insondables du Vagabond la fixaient, ce qui augmenta son trouble. Baissant les yeux comme s’il pouvait lire ses pensées simplement en la regardant, elle traina son attention gauchement, ça et là, sans l’arrêter précisément et tandis que le souffle semblait lui manquer, elle articula d’une voix légèrement saccadée :


''Éperdue…oui, sans doute…Il y a de quoi, je le crains…je…Je dois partir, retourner au château de Corbénic, céans. Camelot était une mauvaise idée, la reine comprendra…’’.

Elle n’aurait rien à regretter ici, peut-être mis-à-part ce Vagabond à la mine peu engageable.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Dim 27 Jan à 15:22

Il était bien loin de se douter tous les tourments que vivaient cette jeune fille. S'il en avait eu une quelconque mesure, il se serait même senti un élan de vive sympathie pour ce qu'elle traversait. Il ne savait que trop la rancune qu'on pouvait nourrir face à un membre de sa famille. Des rancunes plus que tenaces, des rancunes assassines.

Seulement, son chancelement le conforta dans son idée d'idylle avortée envers le beau Lancelot du Lac. D'où aurait-il pu concevoir une seule seconde qu'il se trouvait en face de sa fille ? Impossible d'aller chercher aussi loin. Non, il prenait ce vif émoi pour les mouvements de coeur d'une demoiselle déçue. Il n'avait que peu de notions du monde des femmes, mais il croyait pouvoir reconnaître ce genre de signes.

Bien vite revenu de ses souvenirs d'amourettes pastorales (oui les filles gambadant dans les champs, on se croirait presque dans l'Astrée... Razz), Loagan se rapprocha sensiblement de son interlocutrice, au cas où elle s'effondrerait tout à fait. Il n'aimerait guère que ce joli minois se cause des contusions inutiles, alors qu'il était déjà fort perturbé par les méandres de l'esprit.

Lorsqu'elle parla de partir, il fut étonné que son premier élan fut "Oh pas déjà" et il se mordit légèrement la langue, regardant de côté. Ces femmes qui vous tournaient la tête. Bah qu'elle s'en aille tient ! N'était-il pas plus tranquille avant cette conversation ennuyeuse ?

Cependant, il n'arrivait pas à le penser tout à fait. Il était très partagé et sa sympathie pour celle qui avait abandonné les convenances de la noblesse pour discuter paisiblement avec lui fut la plus forte. Il se serait giflé vingt fois mais il s'entendit dire :


- Lancelot ne mérite guère une réaction aussi vive. Je ne sais exactement ce qu'il vous a fait pour que vous le fuyiez mais...

Rah, ça y est, c'était trop tard pour se rétracter. Tout ça suintait le bon sentiment et il n'y était tellement pas habitué qu'il s'en voulut profondément d'avoir un ton aussi avenant envers elle. Le Vagabond continua donc avec un air plus renfrogné :

- Et puis de toute manière, vous devez savoir que ce n'est qu'un homme. Et encore, une moitié d'homme si vous voulez mon avis. Je suis certain qu'on souffle dessus et qu'il s'effondre...

Il avait prononcé cette dernière phrase avec un dédain fortement ancré et un geste du bras qui ne semblait souffrir aucune contradiction.
Non, il ne souhaitait pas qu'elle s'en fasse autant pour un personnage qu'il trouvait détestable.


- D'ailleurs, hormis ce chevalier ridicule, Camelot est très jolie, vous savez.

Il s'en fichait de se contredire sur l'instant. Il regard Cyäne et ses lèvres s'étirèrent en un demi sourire qui se voulait consolateur.

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 30 Jan à 0:23

Qui aurait cru qu’un jour elle discuterait de la sorte avec un vagabond, et ce, en plein milieu d’une forêt? Le roi Pelles en prendrait un sérieux coup d’ainsi savoir sa petite-fille si bien éduquée ne point se tenir éloigné de ce genre de fréquentation mal appréciées des domaines châtelains. Les galants de Corbénic s’en trouveraient fort contrariés quant à sa vertu et les nobles dames gloussant de leur possible iraient de bon train en paroles cachées…Cyäne roula intérieurement les yeux au ciel et considéra l’homme devant elle avec un élan de profonde sympathie. Il s’était rapproché d’elle et si son aversion pour son accoutrement avait quelquespeu diminuée, la répulsion qu’elle avait alors ressentit pour sa classe sociale avait, quant à elle, disparut. Oh bien sûr, ses grognements, ses manières rustaudes, ses regards antipathiques, ses renfrognements continuels l’agaçaient au plus haut point mais tout cela était remisé loin de côté parce que lui, cet homme qu’elle avait pris pour un assassin de la pire espèce, essayait de la consoler du mieux qu’il pouvait sans savoir vraiment de quoi l’histoire retournait. De plus, il détendait l’atmosphère. Savoir que Lancelot du Lac n’était pas aussi parfait que la populace le disait était plus que réconfortant.

Citation :
Lancelot ne mérite guère une réaction aussi vive. Je ne sais exactement ce qu'il vous a fait pour que vous le fuyiez mais...

Serait-il sage de lui dévoiler ses états d’âme et ses histoires de famille? L’envie ne manquait certes pas mais les convenances lui criaient de se taire. Ils n’avaient fait connaissance que depuis peu de temps après tout…d’un autre côté, ne faisant point partie du même rang social qu’elle, elle risquait de ne plus le revoir alors pourquoi ne pas lui dire franchement la cause de ses tourments? Le ton qu’il prit était étonnamment engagent et aimable. Il était clair qu’il se souciait de sa personne, ce qui était plutôt touchant et bienvenu parmi les bévues des jours précédents.


Citation :
Et puis de toute manière, vous devez savoir que ce n'est qu'un homme.Et encore, une moitié d'homme si vous voulez mon avis. Je suis certain qu'on souffle dessus et qu'il s'effondre... D'ailleurs, hormis ce chevalier ridicule, Camelot est très jolie, vous savez.

Son air aimable se dissipât quelque peu lorsqu’il prononça ces paroles. Pourquoi s’était-il renfrogné tout à coup? Ce devait être son faciès favorit à en juger par la diversité plutôt rare de ses expressions faciales . Malgré cela, il lui fit un demi-sourire. Le premier qu’elle voyait depuis le début de leur conversation. Oh il avait probablement raison, Lancelot ne méritait pas que l’on souffre d’autant de soucis à cause de lui. Lancelot, un chevalier ridicule? Certes oui mais pas aux yeux de la foule en pamoisons devant lui. La jeune femme ne put s’empêcher de sourire. Entendre parler de son père en de tels termes était honteusement réjouissant. Que faire maintenant? Accepter de rester à Camelot et risquer de croiser Lancelot du Lac? Malgré toute sa bonne volonté chrétienne, elle ne pourrait le supporter. Elle était forte mais qu’on ne lui demande pas l’impossible!


''Vous êtes bien aimable de me réconforter. Pourtant, même s’il est une moitié d’homme, je ne peux supporter l’idée qu’il respire le même air que le mien. Le quart de cet homme suffit à me répugner totalement. Ma compagnie auprès de la reine s’en trouverait affectée et je ne puis accepter cette idée. Je retourne donc auprès du roi Pelles. Sachez cependant que je suis forte heureuse de savoir que vous partager mes sentiments à l’égard de Lancelot du Lac.’’


Elle avait parlé calmement, son sourire s’étant changé en un triste demi-sourire. En l’observant de plus près, elle se dit qu’un homme ne pouvait choisir de vivre ainsi sa vie. L’errance était le lot des renégats, des fuyards, des voleurs, des meurtriers. Meurtrier, il ne devait certainement pas l’être. C’était un bel homme malgré son apparence épouvantablement négligé. Se donnerait-il la peine d’être plus courtois, plus poli et mieux vêtu, la communauté le voudrait dans ses rangs. Elle songea également au fait que probablement n’était-il jamais allé se confesser. De bien mauvaises habitudes comme celle-ci pouvaient mener n’importe qui vers une sombre vie. Réalisant qu’elle le dévisageait avec inconvenance, elle toussota et esquissa un sourire d’amabilité.


''Malgré les apparences et cette rencontre inopinée qui fut au départ peu engageante, je suis enchantée d’avoir fait votre connaissance. Je me nomme Cyäne.'' Elle avait hésité à dire 'Cyäne du Lac’, trouvant le moment inopportun. Après tout, il ne devait pas savoir que les règles de la noblesse exigeaient le titre, le nom de famille et le prénom.

Il était temps de rejoindre son escorte, les hommes devaient s’impatienter. Il était plutôt étrange qu’aucun des hommes ne soit venu manifester leur désir de reprendre la route. Peut-être étaient-ils intimidés par sa personne et la gêne de venir l’importuner pendant ses ablutions l’avait remporté sur leur devoir de s’enquérir d’une aussi longue pause. Elle devait se l’admettre, elle n’était pas pressée de reprendre la route et probablement allait-elle devoir essuyer la mauvaise humeur de sa compagnie lorsqu’elle apprendrait la nouvelle destination.


''Me feriez-vous la faveur de m’accompagner jusqu’à mon escorte?’' Elle avait prononcé ces mots avec une soudaine inspiration, ne désirant pas quitter le Vagabond si tôt.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Ven 1 Fév à 14:46

L'instant qu'elle passât à le dévisager le troubla légèrement. On le regardait souvent avec défiance, parfois un regard tombait sur lui avec un profond mépris, souvent, on ne le scrutait même pas, de peur de s'entâcher l'oeil. Mais jamais on ne le regardait ainsi... Il faillit ironiser sur son inconvenance, afin de briser ce moment qu'il ne goûtait guère mais elle le fit elle-même, coupant là et se présenta.
Un bien joli prénom que celui-ci. Certes, cette demoiselle semblait avoir beaucoup d'atouts dans sa manche. Mais il ne se permit pas d'aller vaquer plus loin dans ces pensées qu'il n'aurait même pas voulu effleurer.

Il répondit à son sourire aimable, tout petit sourire cette fois-ci de la part du Vagabond, mais un sourire tout de même. Il n'hésita pas une seule seconde à donner ce prénom d'emprunt qui était devenu son identité, ayant presque oublié l'autre. Oh certes, contrairement à ce que pensait la demoiselle, il savait qu'on devait se présenter d'une manière plus formelle, mais il était bien aise de ne point avoir à fournir de nom :


- Loagan...

Il était également ravi, mais il ne le dit point. De toute manière, il n'avait pas réussi à la faire changer d'avis alors à quoi bon ? Et puis il n'allait pas pousser le ridicule jusqu'à s'accrocher à ses jupons non de non ! Pour contrebalancer tout le bien qu'il pensait d'elle, il se dit que ces jeunes nobles devaient avoir trop l'habitude d'être priées maintes fois et qu'une seule ne suffisait guère, peut-être même qu'elle minaudait.

Et pourtant, elle n'en avait pas l'air. Il accepta sobrement de la raccompagner, d'un signe de tête et put tout à fait se rapprocher d'elle, marchant côte à côte mais ne lui offrant pas son bras. Il n'allait pas jouer ce qu'il n'était pas et surtout, il était persuadé qu'elle ne l'aurait pas saisi.
Ils avaient déjà fait quelques pas, s'éloignant du cours d'eau, la monture de Jamien s'effaçant tout à fait dans la verdure quand il reprit de sa voix rauque :


- Vous fuirez-donc l'ombre de ce chevalier jusqu'aux grandes murailles de votre château ?

Il avait beau ne pas cesser de se rabrouer, il prenait cette situation à coeur. Sûrement par défi envers Lancelot, et puis parce qu'il appréciait la compagnie de Cyäne, un peu des deux mêlés bien entendu. Le chevalier en question ne lui apportait que des contrariétés décidément.

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 13 Fév à 1:18

(Arf désolée pour ce temps d'attente si long! J'étais un peu noyée par les cours Mad Je me rattrape donc )


Le Vagabond avait donc un nom. Loagan. Un prénom charmant aux notes chantantes, bien qu’en regardant l’homme qui le porta, l’envie de chantonner ne venait pas tout de suite. Et un prénom gaelique de surcroit. Était-il écossais? La jeune femme avait passé de brefs séjours en Écosse puisque la route jusqu’aux Hébrides intérieures obligeait ce passage. Le couvent d’Iona restait un souvenir plus frais et agréable à sa mémoire et ce qui restait de l’Écosse s’éparpillait dans de brumeuses landes froides parcourues de lochs sombres. Un endroit peu accueillant à son avis, quoique géographiquement, le reste de la Grande Bretagne y ressemblait fort... Cyäne observa à la dérobée les habits de Loagan. Il n’affichait aucun Tartan. Étrange. À moins qu’il ne soit un traître, il ne devait pas être écossait. Elle fut tentée de lui poser la question puis se ravisa, avait-elle vraiment envie de le savoir, surtout s’il était un fuyard?

Loagan était maintenant tout près d’elle et cette proximité nouvelle la gêna quelque peu. Un homme galant aurait offert son bras et le plus galant d’entres eux lui aurait naturellement ouvert le passage en la complimentant de milles manières. Sans doute pouvait-elle amorcer une conversation mais les seuls sujets qui l’assaillaient pour le moment concernaient son père et on ne pouvait trouver une conviviale conversation là-dedans. À son habitude, Cyäne resta donc silencieuse, un caractère qu’on appréciait peu d’une femme dans les cercles de dames fortes en babillages ou en compagnie d’hommes intéressés et habitués à ce que les femmes entretiennent la conversation. Tant pis. Un autre point positif à refuser Camelot si la reine aime que ses dames de compagnie soient volubiles.

Les fougères odorantes firent lentement place aux arbres imposants encore heureux d’être débarrassés de leur récent linceul de neige. La route ne devait plus être bien loin. Que dira son grand-père de la voir ainsi arriver? Cyäne se sentie lâche, très lâche soudainement. Le poids de cette lâcheté était cependant allégé par le bonheur de retrouver sa demeure, ce lieu qu’elle connaissait si bien, ou les gens et les situations ne se transformaient point en désagréables imprévus. Bien sûr, les imprévus n’étaient pas tous déplaisants…Elle jeta un coup d’œil au Vagabond puis au cheval qui disparaissait derrière les massifs touffus.


Citation :
Vous fuirez-donc l'ombre de ce chevalier jusqu'aux grandes murailles de votre château ?

La jeune femme ne répondit pas sur le moment, faisant mine d’être profondément concentrée à ne point trébucher sur les racines tortueuses qui jonchaient le sol, ce qui était à moitié vrai il faut dire. Que pouvait-elle donc répondre à cela? Qu’il avait raison? Elle soupira. Bien sûr qu’il avait raison. Sa haine pour Lancelot avait façonnée une partie de ce qu’elle était dont sa répulsion des changements, son caractère colérique et ses difficultés à socialiser. Mieux aurait valu pour cet homme d’être mort en même temps que sa pauvre et innocente mère.


''Je n'ai pas le courage ou la folie de ces gens qui aiment défier leurs craintes, Loagan, je préfère éviter le mal qui pourrait s’en suivre si je venais à le rencontrer. Il a fait grand tord et à déshonoré ma famille.’’ répondit-elle placidement en songeant à l’ambiguïté de sa situation en prononça la fin de cette phrase.

La route se fit voir à quelques pas, plus ou moins cachée par des bouquets d’arbres.


''Mais vous avez rais…’’
le reste de sa phrase s’évanouit dans un hoquet proche de l’étranglement et pour cause! Désormais pleinement sur le chemin boueux de la route, ils auraient dû voir trois hommes impatients, attendre près des montures que la dame dont ils avaient la charge d’escorter jusqu’à Camelot daigne enfin revenir. Au lieu de cela, il n’y avait rien ni personne! Enfin, ce n’était pas tout à fait vrai mais aux yeux affolés, avec raison, de la jeune noble c’était bien le cas. La terre avait pourtant été retournée à mains endroits, une sacoche irrécupérable gisait théâtralement sur le sol, éventrée, et de petits effets de voyage étaient pour certains à demi enfouis ça et là dans la boue. Une lame d’épée était également fichée au sol loin à la gauche et un large gant pendait mollement sur une pierre enfoncée. Il lui sembla que la terre parut plus rougeâtre à certains endroits. Pas âme qui vive, pas même un gémissement au loin! Que diable s’était-il produit ici? Si bataille ou embuscade il y avait eut, les entrechocs métalliques et hennissement des chevaux les auraient alerté!

Sous le choc de cette vision qu’elle associa facilement aux Textes Apocalyptiques, elle ne put réaliser ce qui s’était passé. Ramassant machinalement une serviette de lin maculée de boue, elle la fixa drôlement la bouche entrouverte dans un 'Oh’ persistant et silencieux puis commença à la plier soigneusement, le regard vide et absent. Ses yeux balayèrent ensuite le terrain ravagé et enfin la gravité du tableau la frappa. Le tissu dégoulinant glissa lentement de ses doigts et Cyäne du Lac se laissa choir à son tour dans la terre visqueuse. Agenouillée dans un effarement total, l’effroi étant pour lors remisé, elle ne pouvait que murmurer, une main sur la poitrine:



''Oh mon Dieu! Seigneur Dieu… Seigneur Dieu… Miserere mei…Rogamus, Déus, tuam majestatem…auribus sacris gémitus exaudi…’’

Et si…Et si le Vagabond était l’auteur de toute cette machination? Cette idée horrible commença à germer dans son esprit secoué mais n’eut pas le temps de prendre place aisément, substituée par une soudaine inspiration. Était-ce un signe céleste? La Divine Miséricorde avait-elle entendu ses tourments silencieux et la sommait-elle de laver son âme au sein de Camelot? Son amour pour le Coeur Divin était tel qu’elle le cru. Pourtant, son angoisse s’effrita peu. Que s’était-il passé? Ou était les hommes? Jamais elle n’avait vécu chose pareille.

(Et voilà comment on introduit de force son perso à Camelot! Razz )
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mer 20 Fév à 2:35

Il était certain qu'une dame silencieuse, habituellement, déplaisait aux galants hommes de la cour mais pour Loagan c'était une véritable bénédiction ! Cette petite marche lui semblait donc charmante, toute paisible qu'elle était, et il se serait peut-être mis à siffloter si elle ne lui avait pas répondu à ce moment là... Le peu de détails qu'elle lui livrait le confortait d'ailleurs dans l'hypothèse qu'il avait échafaudé. Après tout, comment Lancelot aurait-il pu déshonorer une famille autrement qu'en jouant les jolis cœurs ?

L'Ecossais fut content de la voir acquiescer à son point de vue, au sujet de l'option qu'elle choisissait. Fuir n'était jamais qu'une solution temporaire. Tôt ou tard, les tourments finissaient par vous rattraper et bien souvent par vous engloutir tout entier. Mais si on trouvait suffisamment de courage pour affronter ce qui nous terrorisait, on pouvait envisager d'en triompher. Lui n'avait malheureusement pas opté pour la bonne solution et il en subissait chaque jour la conséquence.

Elle s'interrompit brusquement et les yeux du Vagabond quittèrent la charmante silhouette de Cyäne pour s'intéresser à ce qui l'avait abruptement freinée.
Par tous les dieux ! Que s'était-il passé par ici ? Le chemin ressemblait plus à un champ de bataille qu'à cet engageant sentier qui menait à Camelot.

Il ne dit rien mais regarda de tous côtés, les muscles tendus, près à une quelconque attaque. Ses narines frémirent, comme s'il cherchait à capter une piste mais les paroles en latin - ce qu'il identifiait pour du latin, sans en être vraiment certain car il ne le comprenait pas - de la jeune femme le perturbèrent. Il la vit, agenouillée et en proie à de vives alarmes. Il s'approcha d'elle en deux enjambées rapides afin de lui tendre son bras comme appui :


- Relevez-vous, il n'y a aucun intérêt à demeurer plus longtemps ici. Il faut pour votre sécurité gagner Camelot sur le champ.

Sa voix n'était pas autoritaire, juste ferme et sans aucune teinte d'ironie ou de nonchalance habituelle.

Bien, si gardes il y avait eus, ils avaient soit tous fui, soit péri. Et vu la teinte douteuse de quelques flaques argileuses, le pire était à craindre. Il ajouta plus doucement :


- Venez Cyäne...

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Ven 29 Fév à 3:48

Une dame pouvait réagir de plusieurs façons face à une situation de ce genre. Opter pour l’hystérie était une voie facile, laissant le soin aux autres la charge de s’occuper de vous. L’indifférence quant à elle, pouvait soit vous donner une aspect réfléchit, soit vous donner l’allure morbide de celles que le carnage amuse. Bien sûr, prendre vaillamment la situation en mains alors que jamais un événement de ce genre ne vous a touché et que vous ne connaissez que très superficiellement la marche à suivre par quelques histoires racontées ou lues jadis pouvait non seulement vous rendre ridicule, vous mettre davantage dans le pétrin mais également irriter le prochain, et quand le prochain se limite à une seule personne, on en prend soin. La meilleure option restait l’instinct, et se reposer sur quelqu’un qui semble habitué à ce genre d’évènement, lorsque bien sûr, vous avez la chance d’avoir ce quelqu’un. Heureusement Cyäne avait de la chance.

La jeune femme se tut et calcula mentalement la distance à parcourir jusqu’au château. Il ne fallait pas rester ici. Si assassins il y avait encore, peut-être les observaient-ils. À cette pensée peu réconfortante, elle tressaillit, jetant des regards de biais à la sombre forêt les cernant. Toujours agenouillée dans la boue, matière lui devenant plutôt familière, elle prit le bras donné à son intention, souffla un noble remerciement et se releva lourdement, tachant par la même occasion la manche de Loagan.

Heureusement, aucune autre femme n’avait pris part à cette escorte. Cyäne se souvint très bien avoir tempêté au sujet de Rozenn, une servante attachée à son service qui ne put l’accompagner, s’étant bêtement retrouvée grosse en début de saison. Une écervelée plus apte à minauder qu’à s’enquérir de ses tâches, tâches qu’elle menait néanmoins à la perfection lorsqu’elle sortait de ses rêveries. N’ayant donc plus de Rozenn, se sont des servantes quelconques qui s’occupèrent de choses capitales qu’une dame de son rang s’indignait à faire. Le tempérament irascible et coléreux de la jeune femme à leur endroit avait forcé le roi Pelles à ne point lui fournir de servante personnelle pour son séjour à Camelot, soutenant que se suffire à elle-même quelques temps la guérirait de ses caprices malvenus. Cyäne se voyait mal s’habiller seule le matin et le roi savait fort bien que sa petite-fille, prude par la religion, refusait de se faire vêtir et même coiffer par des mains qu’elle ne connaissait point… Ah! Et puis, cessons donc de déblatérer la dessus et revenons à ce qui nous inquiète pour le moment. Le choc de cette situation et la fatigue l’empêchait de penser sérieusement et clairement, et il était inopportun de laisser son esprit s’égarer plus longtemps.

Regagner Camelot? Certes. Le château pointait au loin mais la route était encore longue. Elle se serait volontiers laissé tomber pour dormir sans vergogne. Loagan était avenant et elle remercia le ciel d’avoir un protecteur, aussi particulier fut-il. Trop habituée à une douce vie, elle oubliait que hors des murs châtelains, il fallait parfois se salir pour survivre lorsque les circonstances l’exigeaient.


''Vous dites vrai. Ah! Camelot, lieux de tout les maux!’’ lança t-elle avec amertume. Il faut dire qu’elle était loin d’avoir vécu un conte merveilleux jusqu’à présent.

''Mais si Dieu le Veult…Partons vite, la question de ma compagnie disparue sera élucidée plus tard.’’ Dit-elle plus rapidement. ''Vous restez avec moi n’est-il pas?’’ .


C’était une question idiote vu la situation, mais elle ne connaissait pas assez Loagan et ne voulais risquer de se retrouver seule ici, à la merci de tout. S’il voulait partir parce que sa détresse ne le regardait aucunement, elle le convaincrait.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Lun 10 Mar à 11:27

Il était toujours sur le qui-vive lorsqu'elle saisit son bras. Il ne s'attendait pas vraiment à une attaque, après tout, quel brigand demeurerait sur le lieu de son crime aussi longtemps ? Cependant, mieux valait être prudent, surtout lorsqu'on accompagnait une jeune noble. Certes, avec sa robe toujours plus boueuse, elle n'en avait pas vraiment l'air, mais elle demeurait une cible facile. Et pour décimer toute une escorte, il était certain qu'il ne s'agissait pas là d'un ou deux hommes seuls... Même avec l'effet de surprise, Loagan se doutait que les gardes de Cyäne étaient plutôt bien entraînés. Non, il était plus certainement question d'une bande de voleurs... ou de meurtriers.

La perspective de se retrouver nez à nez avec ce genre d'individus pouvait avoir son charme, mais lorsqu'il regarda la Demoiselle qui reprenait courage peu à peu et recouvrait son calme en même temps, patauger dans le sang fut soudain beaucoup moins attirant. Il avait davantage coeur à veiller sur elle et à l'amener saine et sauve à Camelot dans les plus brefs délais.

Il entama donc quelques pas assez rapides, sans qu'ils le soient trop afin de ménager Cyäne et il lui répondit :


- Je ne vous quitte pas.

Quel odieux personnage aurait pu lâchement abandonner une jeune femme sans défense sur la route ? Lui... Oui, il aurait pu en certaines circonstances. Mais maintenant qu'elle ne lui était plus étrangère, il était bien incapable d'agir en mufle. Elle avait quelque chose de magnétique, il finissait pas apprécier sa compagnie. Il était toujours aussi frileux quant à ce sentiment mais il imaginait pouvoir, peut-être, un jour, un vague jour, s'y accoûtumer.

Bien, il restait un peu de chemin et il n'allait pas risquer de le faire entièrement à pieds. Il en oubliait presque son canasson laissé en arrière. Il siffla et vit arriver cette brave bête au petit trot, à travers le feuillage humide.
Il monta d'abord et hissa Cyäne, un peu comme un paquet de chiffons, il fallait le dire. Le Vagabond avait encore beaucoup à apprendre et à se souvenir d'ailleurs. Une fois qu'elle fut installée devant lui un peu plus confortablement, il lança sa monture, à une allure tranquille mais soutenue. Camelot se dessinerait bientôt dans le fond, avec ses imposantes tours et sa rassurante enceinte fortifiée.

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mar 18 Mar à 23:40


Malgré ses sombres apparences, Loagan était un brave homme et avait une bonne âme. Ses inquiétudes avaient de beaucoup diminuées en la présence rassurante du Vagabond. Heureusement qu’elle n’était pas seule! Heureusement qu’il était là. Elle avait une vague idée de ce qui aurait put advenir de sa personne si elle avait marché seule sur cette route vers Camelot. Sa gratitude était telle, qu’elle en oublia ses plaintes muettes quand à sa tenue crottée et la première impression qu’elle allait donner en la présence du roi.

Rapidement, Loagan émit un sifflement et on put voir sa monture arriver d’un pas traînant. C’était une belle bête, et bien dressée de surcroit. Cyäne avait peu d’affinité avec la gente chevaline, à son grand désarroi, et ne se faisait obéir que très difficilement de celle-ci. Loagan s’installa donc et la jeune femme leva gracieusement le bras afin d’être hissée comme il se devait. Elle émit un ‘’Oumph’’ de surprise lorsque sans grâce et délicatesse, et disons le, comme un vulgaire sac de farine, elle fut toutefois soulevée et déposée. Décidément! Il était peut-être d’agréable compagnie et fort apprécié, mais ses manières laissaient vraiment à désirer! Elle avait peut-être des airs de souillons, elle n’en restait pas moins fille de noble sang, l’avait-il oublié? Elle réprima donc un vif reproche et se contenta de froncer les sourcils, signe flagrant de sa désapprobation. Après tout, il serait si peu charitable de l’accabler sur ses piètres façons. Elle n’oubliait pas qu’il était son protecteur et qu’elle lui devait beaucoup.

Désormais mieux installée, elle observa au loin les tours blanches et les taches colorées des étendards qui battaient au vent. Il lui tardait de parvenir enfin au château, de gagner ses quartiers, d’avoir de l’eau chaude, de changer de tenue…et il lui tardait, certes, de faire connaissance avec la reine. Ses réflexions traînant, elle songea également au fait qu’il serait peu probable que son chemin croise à nouveau celui du Vagabond. Plus elle s’approchait de Camelot, plus vite elle devra dire adieux à Loagan. Et elle s’en attrista. Par pudeur cependant, leur proximité obligée la rendait quelque peu mal à l’aise et elle s’efforça de ne pas bouger. Elle devinait le visage du Vagabond tout près de ses cheveux emmêlés et pour éviter un plus grand trouble, elle tenta de converser.


''Vous m’êtes d’un grand secours Loagan.’’ commença-t-elle, '' J'espère que nos chemins se recroiseront.’’. Et elle le pensait avec sincérité, elle, qui une heure plus tôt avait levé le nez sur lui. Il faut dire que lorsqu’on ne connait pas le Vagabond en question, cela venait plutôt naturellement.

''Votre prénom me semble d'origine écossaise, l’est-il?’’ demanda-t-elle, dans un léger sourire fort interressé que l’homme ne pouvait voir. Cyäne commençait à se détendre de nouveau.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Mar 25 Mar à 19:41

Camelot se rapprochait de plus en plus et avec cela la séparation de ces deux compagnons d'infortune. Loagan n'était pas si sensible que Cyäne et il n'en concevait pas autant de chagrin. Il savait juste que c'était inéluctable. Raison de plus pour ne pas s'y appesantir...

Le rapprochement de leurs corps au rythme des secousses provoquées par le cheval était tout de même assez troublant. De tout ceci, il n'avait vraiment plus l'habitude. Déjà il avait fallu faire des efforts pour converser mais là, il était plutôt mal à l'aise. Il ne savait pas trop où placer ses bras, ne faisant pas trop d'efforts pour éviter d'effleurer la jeune femme mais chaque contact lui faisait légèrement froncer les sourcils.

Pour une fois, la parole fut la bienvenue. Elle dissipa ce léger malaise. Après tout, mettre des mots sur les sentiments qui naissaient permettait de les banaliser. Il respira beaucoup mieux et il ne lui importa plus que ses avant-bras touchent ceux de Cyäne.
Il acquiesça silencieusement et dit quelques mots, par courtoisie :


- Ce ne serait pas désagréable, mais je doute que nos chemins soient les même. Vous serez à la cour tandis que je ne suis pas certain de m'éterniser entre ces murs.

Après tout, il était certain que le Roi Arthur n'apprécierait que moyennement sa présence à Camelot. Oh bien sûr, il était capable de se fondre dans la masse mais tôt ou tard, les ennuis lui retombaient dessus, c'était inévitable.

Il eut un léger mouvement de recul lorsqu'elle l'interrogea sur ses origines. Il se remit rapidement et marmonna entre ses dents, le ton beaucoup moins aimable :


- En effet, mon nom est écossais.

Le Vagabond s'abstint de tout commentaire supplémentaire. Ils n'étaient guère assez intimes pour qu'il se dévoile et surtout, il n'avait jamais parlé de son passé à quiconque. C'était donc très profondément enfoui.

Le pont levis était maintenant à quelques centaines de pas, la muraille s'imposait en arrière plan. Il faudrait bientôt déposer Cyäne à terre et l'abandonner à son destin de dame de compagnie de la Reine.

Sa voix recouvra une certaine douceur lorsqu'il se sentit le devoir de lui donner ce conseil :


- Si vous le croisez, ne montrez aucun trouble, il est bien trop désireux de mesurer son impact sur les autres, de quelque nature qu'il soit.

Il n'était pas nécessaire de souligner qui était ce "il". Il ne pouvait s'agir que d'une seule personne.

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Dernière édition par Loagan le Lun 7 Avr à 19:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Ven 4 Avr à 5:02

Le ciel s’assombrissait quelque peu. Aucune crainte cependant à ce que la pluie la harcèle de nouveau, ce n’était que quelques paresseux attelages de nuages. Ces changements de temps continuels pouvaient faire détester la Bretagne à n’importe qui et rendre nerveux le moindre voyageur.

Citation :
Ce ne serait pas désagréable, mais je doute que nos chemins soient les même. Vous serez à la cour tandis que je ne suis pas certain de m'éterniser entre ses murs.

La jeune femme étira la commissure de ses lèvres en un demi sourire, elle s’imaginait extrêmement mal le Vagabond flâner à la cours du roi, le tableau en était même dérangeant. En se qui la concernait, la cour était promesse de repos et retour aux choses normales ou presque. Il était en effet peu probable que leurs chemins se croisent à nouveau. Tant pis, elle aura au moins appris que les vagabonds de ce monde ne sont pas tous aussi abjectes qu’on le dit et que certains valent même l’intérêt. La charité chrétienne demande de ne pas juger sur l’immédiat, une vertu parfois difficile à appliquer.

Plutôt satisfaite que Loagan daigne engager la conversation, il se montra soudainement sec et agressif dans ses mouvements et d’un ton tout à fait orageux, maugréa qu’il était effectivement écossais. Cyäne haussa un sourcil puis les fronça dans une moue se partageant l’interrogation et l’exaspération. Qui avait t-il de mal à converser sur les racines d’un prénom? Décidément, ce Vagabond…À force de se côtoyer, elle en avait presque oublié la véritable significations de ‘vagabond’ justement, un mot qui laisse supposer de bien mauvaises choses, des actions répréhensibles et un probable passé à confesser. Mieux valait donc se taire et ne pas trop pousser sa curiosité de femme sur quelqu’un qui venait de la broussaille et dont elle ne connaissait pratiquement rien.

Les murailles de Camelot qui l’avaient nargué quelques heures plus tôt semblaient désormais tout à fait indifférentes à son approche. On pouvait apercevoir distinctement les couleurs des étendards renommés…presque aussi renommés que son père. Ah! ce père! À force d’imprévus et de déboires, elle en avait pratiquement oublié sa haine et son aversion pour cette forte partie de Camelot qui abritait Lancelot. Les jours prochains s’annonçaient pénibles, elle préférait ne point y songer et garder fixement en tête la tâche qui lui était dévolue. Comme si Loagan avait lut dans ses pensées, il lui porta ce conseil qui aussitôt la fit tressaillir:


Citation :
- Si vous le croisez, ne montrez aucun trouble, il est bien trop désireux de mesurer son impact sur les autres, de quelque nature qu'il soit.

Comment pouvait-elle espérer ne montrer aucun trouble devant lui? Si elle avait su d’avance qu’une réelle rencontre avec son paternel allait se produire, en sachant pertinemment que cette rencontre lui causerait lourdeur et horreur, elle se serait bien composé, avec la pratique, un parfait visage de circonstance. Seulement, elle n’en avait pas eu le temps et puis, soyons réalistes, elle n’aurait jamais osé mettre le bout de l’orteil ici si elle avait eut connaissance, il y a trois jours, que Lancelot du Lac tachait de sa présence les murs glorieux de Camelot et du même coup, la vision grandiose qu’elle se faisait de la Sainte quête du Graal. Somme toute, Cyane prononça un charmant ''bien sûr’’ tout à fait cordiale mais nullement sincère.

Ne s’étant pas attardé à la vue et aux activités qu’offrait Camelot, elle fut étonnée d’être déjà arrivée aux portes du château. Que le temps passe rapidement lorsqu’on redoute quelque chose! Il était désormais temps de descendre de cheval, et de passer dignement les portes massives du palais à quelques dizaines de mètres.


''Nous y voilà donc.’’ Lança t-elle dans un soupir pathétique.
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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Jeu 10 Avr à 21:31

Il savait qu'il ne l'avait point convaincue... D'un côté, il était difficile d'être convaincu par quelqu'un comme Loagan, qui ne croyait plus vraiment en rien et qui errait au gré du vent ! Oh et puis après tout, il n'avait pas demandé à être son confident ! Il fronça légèrement les sourcils à cette pensée. Si en fait, il avait voulu la conversation, il avait éprouvé de la curiosité. Et il n'avait fait que se refermer comme une huitre lorsqu'elle avait essayé un peu de s'intéresser à lui.
L'Ecossais bourru demeurait ce qu'il était. Ce n'était pas un brin de femme maigrichonne qui allait changer ça. Du moins le croyait-il dur comme fer à cet instant.

Il leva les yeux, les portes étaient là. C'était le moment de la laisser à sa vie et de retourner en son monde. Ce monde où il se complaisait parce qu'il n'avait personne à supporter, il n'avait qu'à se soucier de lui-même et il trouvait ça suffisant. Mais maintenant, pourrait-il vraiment se garder d'avoir une petite pensée pour elle ? Rahhhh, la peste soit de la gente féminine ! Il descendit et l'aida à faire de même.

Ils se retrouvèrent face à face et Loagan ressentit une immense gêne. Il avait depuis longtemps oublié ce que représentait dire au revoir à quelqu'un. Il n'osait plus croiser ses yeux et il faillit lui mettre une vague tape sur l'épaule et dire "bon courage" pour partir plus vite.
Mais quelque chose le retenait... Il ne voulait pas vraiment la quitter comme ça, même si tout nouveau rapprochement corporel était à exclure. Il commença :


- Bien, j'espère que... Enfin, vous allez vous en sortir, je n'en doute pas !

Cette vie de château lui apparaissait comme l'horreur absolue. Quoi ? Ne pas vivre en pleine nature ? Ne pas entendre le bruit de l'eau en se couchant ? Ne pas pouvoir se sentir seul sur ces terres ?

Il lui sourit, vaguement, comme quelqu'un qui essaie mais qui sait que ça sonne faux et il ajouta :


- Je... enfin... Si vous me cherchez, je serai sûrement dans les environs. Enfin bref...

Ce qu'il s'enfonçait ! Misère ! Mieux valait clore l'échange déjà catastrophique. Il soupira. Il avait fait son devoir.

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MessageSujet: Re: La Gueuse est une Belle   Lun 12 Mai à 17:31

Le Vagabond qui était la maîtrise même, sembla soudainement ne plus savoir quoi dire ni comment. Étrange personnage que se Loagan qui allait tout de même lui manquer entre ses murailles inconnues. Bien que la forêt et les lieux sauvages la rebutaient toujours autant, les circonstances n’ayant surtout pas aidé, une partie d’elle-même éprouvait désormais une certaine curiosité quant à ces lieux imprévisibles. Une curiosité qu’elle jugea malsaine évidemment.

Ainsi face à face, l’heure des adieux venue, elle resta muette, mal à l’aise. Heureusement pour elle, Loagan semblait en proie à une plus grande gêne, se qui la détendit.



Citation :
J'espère que... Enfin, vous allez vous en sortir, je n'en doute pas !

Un sourire comique se dessina sur ses lèvres et des yeux rieurs où pointait une gêne difficilement dissimulée éclairèrent son visage toujours un tantinet barbouillé.

''Vous êtes plein de sollicitude Loagan et je ne l’oublierai point."

Elle allait s’en sortir, elle n’avait pas le choix. Déjà, ne plus se trouver dans la broussaille, embrasser un confort digne de son rang, être dans ces lieux où elle avait pleine maîtrise d’elle-même portait un mince filet de lumière sur les prochaines heures et journées d’adaptation où elle devra expliquer ses déboires au roi, prévenir son grand-père de ses infortunes et le reste…

Citation :
Je... enfin... Si vous me cherchez, je serai sûrement dans les environs. Enfin bref...

Le Vagabond faisait visiblement de terribles efforts de courtoisie et fuyait son regard. Était-il sincère? Elle avait la forte impression de ne jamais pouvoir le cerner. L’échange en était plutôt comique et ils auraient pu en rire s’ils avaient été plus familiers.

Elle lui sourit, sincèrement et sans gêne cette fois-ci, faisant abstraction du malaise grandissant de son interlocuteur.



''Je n’y manquerai pas et je vous remercie encore pour tout.''
Voilà, tout était dit en ces quelques mots, elle ne savait quoi ajouter. Son assassin s’était transformé en sauveur et malgré toute sa gratitude elle n’allait pas pousser les remerciements jusqu’à s’excuser de l’avoir pris pour un agresseur…après tout, il en était l’image parfaite. Un silence se fit, Cyäne prit une grande respiration, releva le menton dignement, esquissa un dernier sourire, moins certain cette fois-ci, pour le Vagabond et se retourna.

La Gueuse de notre histoire, le port droit, la démarche noble, le visage presque hautain franchit les lourdes portes sans porter attention à sa tenue déchirée, raide de boue séchée et aux stries disgracieuses marquant son visage et ses mains blanches. Elle garda son souffle le plus longtemps possible et lorsqu’elle expira de l’autre côté du portail, elle en éprouva une étrange détresse comme si ce souffle venant de l’extérieur avait fuit, la laissant prisonnière de Camelot.
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